Si le soleil s'est levé pour nous réveiller, il ne nous a pas réchauffés, car à cette période, un début d'automne prometteur, il fait déjà froid ici. La nuit est longue, mais nous sommes incontrôlables, la chaleur du feu autour de nos tentes, l'alcool qui bat dans nos veines, nos pieds qui sautent sans mesure. La musique bourdonnante sous nos crânes nous assomme vers l'aube, pendant que les garçons cherchent à se défoncer plus qu'ils ne le sont déjà. Nous sommes sourdes, nous sommes pâles et pleines d'erreurs, déjà salies, déjà camées. Aucune drogue n'est comparable à la notre. Ce n'est pas réel, c'est de rires dont nous faisons l'excès, des overdoses de bonheur passé, de la gaité que rien de rationnel ne viendrait expliquer. La symphonie de Muse nous fait du bien, et des bras tremblent quand on entoure ses genoux avec. Puis tout y passe, nous voulons atteindre cet état sans pensée, sans entrain, juste l'ardeur de consommer un baiser, et rien de plus. Sous le frisson, on rougit, on évoque les étoiles pourtant cachées par les arbres, on détourne le regard. Mais nous restons souillées, tachées par ces gestes sans honte qui reviennent pour se montrer courageuses. C'est un jeu, un plaisir qu'on cherche sans but. Puis vient nos promesses. Chaque fois, nos promesses d'éternité, cinq ou six jeunes filles se regardant fièrement dans les yeux, ayant foi en un souvenir commun, l'évoquant tour à tour, l'aimant, le désirant, le rejetant, y trouvant de quoi construire leurs vies. C'est notre destin qui prend vie. C'est la source de toutes nos destinations futures, on s'enracine, pieds nus, dans cette terre fertile, riche de vérité et de réalité. Plus de rêves puérils. Comme des petits bourgeons qui éclosent, comme le soleil qui se dévoile peu à peu derrière les feuilles vertes, comme la rosée mouillant le bas de nos jeans troués, comme le bruit de l'humus sous nos pas, nous progressons dans cette forêt, sans voir la fin. Seul le dessein nous est donné. Nous sortions de l'enfance pour voir qu'être adulte ne nous convenait pas.
I was a child
I was on fire
breaking like dolls
singing like birds
we always get what we deserve
but now I've had enough
it's in the drugs
it's in the drugs